- Alfred Hitchcock
Publié le 30/06/2009 à 00:30 par myplanity
Publié le 26/07/2008 à 12:00 par myplanity
Complot de famille
Titre original : Family Plot
Année : 1976
Durée : 1h55
Genre : Policier, comédie
Réalisation : Alfred Hitchcock
Avec : Karen Black, Bruce Dern, Barbara Harris
RESUME
La richissime Miss Rainbird engage Blanche, une jeune voyante, et son ami George, pour retrouver son neveu Edward, dont elle veut faire son héritier. Nos enquêteurs en herbe retrouvent la trace d'Edward, dont la principale activité n'est autre que le kidnapping...
AVIS
Le précédent film d'Hitchcock,
Frenzy, semblait être un chant du cygne. Il y reprenait psychopathie, homme accusé à tort, sexualité et humour noir sous-jacent (thèmes et motifs majeurs d'oeuvres comme
Psychose,
Sueurs Froides,
La mort aux trousses...). Mais son dernier film sera
Complot de famille, plus dans la veine de
Mais qui a tué Harry, à savoir une intrigue policière avec beaucoup d'humour. Mais autant l'avouer, le film est quand même décevant. Déjà, on a beaucoup de mal à rentrer dans l'histoire. Si la séquence de la voiture folle est vraiment marrante, la plupart des moments de comédie sont assez lourds et poussifs. Peu de choses à dire, car peu de chose se dégagent de ce film. La mise en scène est correcte mais plate (sauf le plan en plongée de cimetière). Les acteurs sont assez bons, sans plus. A voir par curiosité, notamment pour la musique, unique collaboration Hitchcock - John Williams (compositeur des
Dents de la Mer,
Indiana Jones,
Star Wars,
E.T.,
Harry Potter, etc).
EN BREF, une intrigue sympa, quelque moments drôles. Malgré tout, un début longuet, et ce n'est pas de très haut niveau.
*
Publié le 23/07/2008 à 12:00 par myplanity
Frenzy
Année : 1972
Durée : 1h51
Genre : Thriller
Réalisation : Alfred Hitchcock
Avec : Jon Finch, Barry Foster, Barbara Leigh-Hunt
Interdit aux - 12 ans
RESUME
Une femme nue, étranglée, flotte sur la Tamise. A Londres, un maniaque sexuel, connu sous le nom de l'Etrangleur à la Cravate, tient la police en alerte. Après de longues et minutieuses recherches, la police soupçonne un homme pourtant innocent.
AVIS
Hitchcock avait déjà connu deux grandes périodes d'échec dans sa carrière, mais il savait toujours se rattraper, "recharger les batteries" comme il disait : dans les années 30 avec
L'homme qui en savait trop, dans les années 50 grâce à
L'inconnu du Nord Express (après les échecs qu'ont été
Les amants du Capricorne et
Le grand alibi). Après
Le rideau déchiré et surtout
L'étau, Sir Alfred réhitère, "recharge les batteries" une dernière fois en retournant dans son pays natal l'Angleterre pour y tourner
Frenzy. Il reprend la formule qui a fait ses preuves, l'homme accusé à tort. Dans les années 70, s'en est finit de la censure très puritaine qu'avait du affronter Hitchcock dans le passé.
Frenzy est donc son film le plus choquant et cru, avec des scènes de nudité très osées.
Ah! Quel plaisir de retrouver un Hitchcock de meilleur cru. A la différence de ses deux précédentes oeuvres, ici le spectateur est pris dans l'intrigue, le suspense fonctionne. La mise en scène fait des prouesses (scènes de meurtres, le camion de pommes de terres, ...), et on retrouve vraiment l'humour macabre et le second degré du réalisateur. Citation de Sir Alfred lui-même "plus réussi est le méchant, plus réussi est le film". C'est le cas ici. Hitchcock aurait voulu Michael Caine pour ce rôle, mais celui-ci refusa (ironie du sort, il tiendra un rôle similaire dans le film de De Palma,
Pulsions, film-hommage au Maître). Néanmoins, Barry Foster est très bon dans son rôle répugnant. Hitchcock fait tout pour se moderniser : le personnage principal est attachant sans être classe comme l'était Grant ou bien élevé comme Stewart, l'amour romantique a disparu et la nudité est, donc, plus osée (redite). Et petit plus, la musique (de Ron Goodwin), est plutôt bonne cette fois.
EN BREF, Hitchcock reprend du poil de la bête et signe un très bon thriller. Sans être
Psychose ni
Sueurs Froides, le film est prenant et divertissant.
MA NOTE : 8/10
Publié le 23/07/2008 à 12:00 par myplanity
L'Etau
Titre original : Topaz
Année : 1969
Durée : 2h00
Genre : Espionnage, thriller
Réalisation : Alfred Hitchcock
Avec : Frederick Stafford, Dany Robin, John Vernon
Boris Kusenov décide de passer à l'Ouest, avec sa femme et sa fille. Son évasion est organisée et en échange de cette liberté il informe les Américains sur un trafic d'armes Russes a Cuba. Un espion francais est alors parachuté à Cuba où, il obtient de précieux renseignements
*
L'Etau est le film l'un des films les plus surprenants de la filmographie d'Hitchcock. En effet, si
Le procès Paradine et
La taverne de la Jamaïque étaient plutôt mauvais, il se rapprochaient de l'univers de leur réalisateur. Or, avec
L'étau, Hitchcock semble avoir oublié ses règles d'or : surprendre, émouvoir et oublier la vraisemblance. En effet, on a là un film basé d'une histoire vraie, dans le style d'un film historique, sans personnage héroïque et mission bien précise.
Le rideau déchiré n'était pas parfait, mais il avait bien son héros en difficulté et ses méchants menacants. Dans
L'étau, on ne retrouve vraiment pas ce qui fait un film d'Hitchcock. A croire qu'il a secrètement relegué la mise en scène à quelqu'un d'autre.

Mais on peut se poser la question "et si le film n'était pas d'Hitchcock, comment le jugerait-on?". Et bien même dans ce cas, le film est bien fade. La mise en scène très plate, aucune tension, beaucoup de longueures et d'ennui. Pas mal de scènes (surtout les dernières) se rapprochent du navet. Mais essayons de sauver les meubles : quelques passages sont corrects ou très bons, et le début est meilleur. Dans la scène de la mort de Juanita, un plan est absolumet sublime : quand elle tombe, et que sa robe est similaire à une flaque de sang. C'est à croire qu'il ne faudrait garder que cela du film! Comme je l'ai dit, la première partie est pas mal, et la séquence avec le faux fleuriste Martiniquais qui doit aller voler la sacoche est vraiment bien (ici, le suspense apparaît enfin). Côté casting, il est amusant de voir Michel Piccoli et Philippe Noiret (excellent par ailleurs) dans un film d'Hitchcock.
En bref, que ce soit d'Hitchcock ou non, le film est fade, ennuyeux et la fin est mauvaise. Mais en plus c'est d'Hitchcock.
Publié le 22/07/2008 à 12:00 par myplanity
Le rideau déchiré
Titre original : Torn Curtain
Année : 1966
Durée : 2h03
Genre : Espionnage, thriller
Réalisation : Alfred Hitchcock
Avec : Paul Newman, Julie Andrews, Lila Kedrova
Un chercheur en physique nucléaire, Armstrong, rompt sans explications avec sa fiancée et assistante, Sarah, avant de se rendre à un congrès à Copenhague. Intriguée, elle le suit et découvre qu'il part en réalite pour Berlin-Est. Décidée a comprendre elle prend le même avion et se rend compte que le professeur semble avoir choisi de vivre a l'Est...
**
Après l'échec de
Marnie, Hitchcock se lance dans un film d'espionnage,
Le rideau déchiré. Malheureusement, le film ne lui appartient plus : il perd des collaborateurs, n'a pas le choix pour les acteurs et est en désaccord avec son musicien Bernard Herrmann. Résultat, un film plutôt mitigé et inégal. Disons qu'il a autant de défauts que de qualités. Déjà, il souffre de nombreuses longueures. La tension n'est pas très forte, et on ne s'attache pas assez à nos deux personnages principaux. Le jeu de Paul Newman n'arrange rien, il passe son temps à faire des mimiques plutôt amusantes. De même pour Julie Andrews, peu charismatique. Le thème principal de John Addison est plutôt entraînant, sa musique du générique au début laisse présager du bon. Mais le reste est assez décevant et brouillon, parfois même agaçant : lors de la poursuite en cars, elle devient même insuportable ! Un comble quand on sait qu'Herrmann avait été évincé pour cause de musique "trop imposante" !

De plus, l'idée d'Hitchcock de ne pas accompagner le meurtre de musique ne fonctionne pas. Le silence s'imposait en effet lors de la scène dans le musée, avec les échos de bruits de pas, ou dans la scène de l'avion dans
La mort aux trousses où le moteur de l'avion remplaçait une musique menaçante ; de même pour les
oiseaux dans le film du même nom) mais pour le meurtre du
Rideau déchiré, ce silence rend la scène longuette et baisse énormement le suspense. Néanmoins, le film est parsemé de bons passages et de très bonnes idées (le musée, le savant et ses formules, le théâtre...). Et la mise en scène est toujours très bonne, et encore très abstraite (écrans derrière les personnages, décors de studio...). Décevant car le film aurait pu être beaucoup mieux à peu de choses près : un meilleur casting, des personnages plus attachants ou mieux développés, une meilleur musique et un peu plus d'humour, de suspense et de péripéties comme au bon vieux temps.
Publié le 22/07/2008 à 12:00 par myplanity
Pas de printemps pour Marnie
Alfred Hitchcock
1964
Mark Rutland sait qu'à chaque nouvel emploi Marnie Edgar déleste ses employeurs. Intrigué par son comportement et attiré par sa fascinante beauté, il l'engage tout de même comme secrétaire-comptable dans sa maison d'édition. Un jour, la jeune femme s'enfuit avec la caisse. Mark s'aperçoit du vol et donne le choix à Marnie entre le mariage ou la dénonciation à la police.
***
Depuis
Psychose, Hitchcock est moins pudibond dans ses oeuvres. En témoigne
Marnie, oeuvre située au confluent entre
La Maison du Dr Edwardes et
Sueurs Froides, tournant autour d'une femme et de ses troubles, dans lequel Sir Alfred n'hésite pas à dénuder son héroïne lors d'une scène de viol particulièrement brutale. On retrouvera cette crudité affirmée dans
Frenzy, son avant-dernier film.
Marnie est un film beaucoup plus sombre et sérieux que la moyenne des autres oeuvres hitchcockiennes, un film étrangement fait et fascinant, un "grand film malade" dira Truffaut. Le film sert souvent de symbole du "déclin" d'Hitchcock. Je pense tout simplement qu'Hitchcock a gardé son goût du symbolisme et par là des studios, des reconstitutions et des transparences, ce qui n'était plus en accord avec le cinéma de cette époque, plus réaliste. On peut le voir dans
Marnie : utilisation d'écrans pour faire resortir le personnages, des décors comme des tableaux... Mais peu importe,
Marnie reste un excellent film, osons même dire un chef d'oeuvre, à mes yeux en tout cas (et à ceux de Truffaut, héhé).
Oui,
Marnie est bel et bien aussi troublant que
Sueurs Froides. Comme ce dernier, le spectateur à l'impression de sortir d'un long rêve. L'esthétique du film est fascinante (la rue devant la maison de sa mère, les couleurs jaunes et rouges) et la mise en scène est toujours soignée, recherchée et impressionante (première apparition de Marnie après avoir enlevé sa teinture ; split-screen naturel lors de la scène du vol ; séquence de l'orage...). Le suspense est plus réduit que d'habitude, malgré l'anthologique scène du vol, car le film se concentre plus sur son personnage et la psychanalyse. L'image est austère, froide, ce qui peut destabiliser ceux qui attendent la saveur sucrée de certains Hitchcock ("mes films sont une part de gâteau"). C'est là le coup de maître d'Hitchcock, l'utilisation des couleurs : cette vision du monde, tout en jaune et rouge, pâle, est celle de Marnie. Par cette photographie troublante, grise et fade, Hitchcock retranscrit la vision d'un esprit malade. Jamais le réalisateur n'a autant adopté la subjectivité de son personnage, et on peut dire par cet accord entre l'âme et l'environnement que
Pas de printemps pour Marnie est le film le plus romantique d'Hitchcock. Cette hyper-subjectivité romantique légitime tout à fait l'usage de transparences pour la scène de la chasse. La traduction française du titre est intéressante, elle donne toute son importance aux couleurs. Tant que Marnie restera malade, elle ne pourra supporter les couleurs du printemps. Le titre original, simple, "Marnie", était plus vendeur néanmoins, car il laissait beaucoup de mystère.
Pour conclure, ajoutons que toutes les scènes sont littéralement sublimée par la musique de Bernard Herrmann, plus wagnérienne que jamais, grandiose. Enfin, du côté des acteurs, Tippi Hedren s'adapte autant à ce rôle sombre qu'à celui de la blonde naïve des
Oiseaux, et contrairement à ce que certains pensent, le choix de Sean Connery me semble parfait. Son côté bestial, son torse poilu, sont indispensables pour accentuer la peur des hommes de Marnie. Car n'oublions pas que
Pas de printemps pour Marnie parle du sexe, c'est probablement le film le plus osé d'Hitchcock avec
Psycho. En témoigne la scène du viol, mais aussi les montées à cheval de Marnie, qui évidemment sont des substituts du coïte pour cette femme qui ne peut être touchée par un homme.
Pas de printemps pour Marnie est donc un grand film psychanalytique comme l'est
La maison du Dr Edwardes, mais aussi un chef d'oeuvre qui s'inscrit dans la lignée de
Vertigo et
Psychose, films sombres où Hitchcock laisse aller ses pulsions secrètes.
Publié le 21/07/2008 à 12:00 par myplanity
Les Oiseaux
Titre original : The Birds
Année : 1963
Durée : 1h53
Réalisation : Alfred Hitchcock
Avec : Tippi Hedren, Rod Taylor, Suzanne Pleshette
Interdit aux - 12 ans
Melanie, jeune femme quelque peu superficielle, rencontre chez un marchand d'oiseaux un brillant et séduisant avocat qui recherche des inséparables. Par jeu, Melanie achète les oiseaux et les apporte a Bodega Bay. Dés son arrivée, elle est blessée au front par une mouette...
***
Dans
Les Oiseaux, Hitchcock est plus que jamais là où on ne l'attend pas. A ce niveau, le film est un délice pour les habitués du maître : le mal viendra-t-il de l'homme dans l'ascenseur, de l'étrange institutrice, de la mère terrifiante ? Pourtant, rien qu'au titre et à l'affiche, nous savons de quoi nous méfier : des oiseaux. Hitchcock s'amuse pourtant à retarder leur arrivée, en disséminant leur présence par petite touche. Parallèlement, il nous inquiète et nous manipule avec des fausses pistes, d'autres menaces (la mère, l'institutrice, et même l'ornithologue), ce qui crée en nous un étrange malaise.

Puis arrivent les oiseaux à proprement parler, et Hitchcock fait le choix de la suggestion, avec l'utilisation intelligente des chants des oiseaux (longue et oppressante scène finale, en huis-clot). En même temps, il est évident qu'il ne pouvait s'amuser à trop les montrer, en témoignent certains effets spéciaux qui ont plutôt vieillis, notamment en pleine lumière (l'attaque des corbeaux, la scène de la cheminée). Néanmoins, l'angoisse qui est montée lentement permet d'accepter ces légers défauts, qui disparaissent tant on est pris dans l'action à la première vision. C'est certains, quand on le découvre,
Les Oiseaux est un monument de terreur.
Mais l'essentiel est ailleurs que dans les effets spéciaux : dans l'ambiance étouffante (absence de musique) et la tension qui monte progressivement, mais aussi dans la mise en scène toujours très bonne, avec une image parfois impressionante de beauté (surtout les paysages de Bodega Bay). Hitchcock s'avère encore une fois génial dans son utilisation de l'espace et des protagonistes, c'est vraiment du très grand cinéma. Magnifiques déambulations de Mélanie en voiture dans la station balnéaire. Pour conclure, notons que la photographie est très belle, et Tippi Hedren aussi. On peut dire qu'encore une fois Hitchcock se sert uniquement du "je" pour son récit : nous adoptons le point de vue de l'héroïne du début à la fin, tout est vue à travers les yeux de Mélanie. On ne quitte d'ailleurs quasiment jamais l'héroïne.
Publié le 21/07/2008 à 12:00 par myplanity
Psychose
Titre original : Psycho
Année : 1960
Durée : 1h43
Genre : Thriller, horreur
Réalisation : Alfred Hitchcock
Avec : Anthony Perkins, John Gavin, Vera Miles
Marion Crane en a assez de ne pouvoir mener sa vie comme elle l'entend. Son travail ne la passionne plus, son amant ne peut l'épouser car il doit verser une énorme pension alimentaire le laissant sans le sou... Mais un beau jour, son patron lui demande de déposer 40 000 dollars à la banque. La tentation est trop grande, et Marion s'enfuit avec l'argent.
***
Après les dépassements de budget de
La Mort aux trousses, Hitchcock prouve qu'il peut faire un chef d'oeuvre à petit budget. Retour au noir et blanc, donc, pour
Psychose. Un film culte, je dirais même
obligatoire ! Ce film génialissime fut une révolution en son temps, et parvient encore à choquer quelques quarantaines d'années plus tard. Le film démarre comme un thriller classique, avec romance, ce à quoi Hitchcock nous avait habitué. Et puis, la scène que tout le monde connaît à la première demi-heure. Le tout sur les violons stridents de Bernard Herrmann... du grand art. Dès lors, l'ambiance devient malsaine ; par cela, Hitchcock est précurseur avec
Psychose. Il rend l'horreur humaine, inventant ainsi un genre nouveau. Avant les séries B qui le plagieront, lui élève son film glauque au rend d'art, tout en gardant l'ironie et l'humour macabre sous-jacent.
Psychose constituera avec
Les Oiseaux une sorte de dyptique, les deux films de sa filmographie qui ne sont que terreur pure. Les deux films, réalisés à la suite, marquent une nouvelle période de son oeuvre, après l'apogée classique qu'étaient
La mort aux trousses et
Vertigo.
Hitchcock voulait connaître la réaction des spectateurs en sortie de salle (car les critiques étaient assez sévères, n'ayant pu voir le film en avant-première - à cette époque, Truffaut n'avait pas encore terminé son travail de "revalorisation critique" de son maître Sir Alfred), et ces derniers en sortaient en respirant et un rigolant, comme sortant d'une "montagne russe" horrifique. Le film est d'ailleurs basé sur trois grands moments : la douche, Arbogast montant les escaliers, et le final dans la cave. On ne s'ennuie pas une seconde, captivé par le suspense en crescendo. On notera qu'afin de ne pas briser ce crescendo, le réalisateur s'affichait sur les publicités, avec écrit en gros "personne ne sera autorisé à entrer après le début du film" !

Pour mieux choquer, Hitchcock engage une star dans le rôle de Marion, à savoir Janet Leigh. Encore une fois, la légende selon laquelle Hitchcock délaissait ses acteurs semble infondée : l'actrice est extrêmement talentueuse dans le film, son visage paniqué reste longtemps en mémoire (notamment ces gros plans dans les scènes en voiture). Anthony Perkins est également hallucinant, encore plus dans ses deux dernières scènes. Enfin, on retrouve Vera Miles dans le rôle de la soeur (elle avait déjà joué dans
Le Faux Coupable d'Hitchcock).
Publié le 21/07/2008 à 12:00 par myplanity
La Mort aux trousses
Titre original : North by northwest
Année : 1959
Durée : 2h11
Genre : Thriller, aventure, comédie
Réalisation : Alfred Hitchcock
Avec : Cary Grant, Eva Marie Saint, James Mason
Le publiciste Roger Tornhill se retrouve par erreur dans la peau d'un espion. Pris entre une mystèrieuse organisation qui cherche à le supprimer et la police qui le poursuit, Tornhill est dans une situation bien inconfortable. Il fuit à travers les Etats-Unis et part à la recherche d'une vérité qui se révèlera très surprenante.
****
Comme l'a dit Hitchcock, ce film était "une grosse blague". En effet, il reprend la base des
39 marches et de la
5° Colonne en essayant de surprendre le spectateur constemment. Mais sans le savoir, il crée un genre : le film d'aventures improbables et surtout impossibles, vécues par un héros toujours classe, qui sera repris par les
James Bond etc...
La Mort aux trousses est donc un film où l'on n'a pas le temps de s'ennuyer. Et même quand on le connaît plus que par coeur, on est pris dans l'action. On enchaîne scènes cultes sur scènes cultes, tout en traversant les USA : la scène de conduite en état d'ivresse, le meurtre de Townsend, le train, l'avion, la vente aux enchères et finalement le Mont Rushmore... le tout sur la célèbre musique de Bernard Herrmann. La mise en scène d'Hitchcock et son savoir-faire atteignent des sommets, autant comme "artisan" qui ne laisse aucun détail au hasard que comme penseur du cinéma qui livre une véritable leçon de réalisation dans son film.

Mélange parfait d'aventure, de suspense, d'humour et d'amour, servi par une mise en scène parfaite et un excellent casting. Cary Grant est tout bonnement génial, dans un rôle qui lui va comme un gant. Eva Marie Saint joue également à merveille. Dans le camp opposé, James Mason est parfait ; de même pour Martin Landau en méchant très méchant (scène finale), et aussi assez douteux (James Mason : "vous êtes jaloux de ma femme"...). On retrouve les habitués de seconds rôles d'Hitchcock : Leo G. Carroll toujours brillant et Jessie Royce Landis, qui joue encore une fois la mère imposante (comme dans
La Main au Collet).
En bref, Hitchcock applique sa formule plus que jamais dans
La Mort aux trousses :
"certains films sont des tranches de vie, les miens sont des tranches de gâteau."
Publié le 20/07/2008 à 12:00 par myplanity
Sueurs Froides
Titre original : Vertigo
Année : 1958
Durée : 2h03
Genre : Thriller, drame
Réalisation : Alfred Hitchcock
Avec : James Stewart, Kim Novak
Scottie est sujet au vertige, ce qui lui porte préjudice dans son métier de policier. Rendu responsable de la mort d'un de ses collègues, il décide de quitter la police. Une ancienne relation le contacte afin qu'il suive sa femme, possédée selon lui par l'esprit de son aïeule. Scottie s'éprend de la jeune femme et se trouve ballotté par des évènements qu'il ne peut contrôler.
****
L’un des plus beaux Hitchcock, si ce n’est le plus beau, adapté d’un roman de Boileau-Nercejac, « D’entre les morts », qui, aux dires de François Truffaut, aurait été écrit expressément pour Hitchcock. Dans le livre, on apprend au dernier moment, en même temps que Scottie, la vérité sur Judy/madeleine. Un twist final. Dans le film, Hitchcock avance la minute de vérité d’une bonne vingtaine de minutes, optant comme souvent pour le suspense plutôt que la surprise. Il n’aimait pas les coups de théâtre à la Agatha Christie, car alors la tension n’existe que dans les dernières minutes et on s’ennuie pendant les deux premières heures. D’un autre côté, il brise les règles de narration et crée deux histoires qui se recoupent, un film scindé en deux ; une première partie qui s’avère être une detective story pleine de mystère et frôlant le fantastique, la seconde plus psychologique un vrai drame teinté de nécrophilie. Résultat, une première vision complètement différente des autres. La première vision offre l’opportunité au spectateur d’apprécier les péripéties, surprises et suspenses du film, les suivantes lui permettent d’y voir tous les secrets cachés, le mystère et les bizarreries qui peuplent ce chef d’œuvre. On notera par exemple que, malgré l’explication rationnelle finale de l’histoire de Carlotta Valdès, il demeure un fait inexpliqué : la disparition impossible, fantomatique, de Madeleine dans l’hôtel McKittrick. Fait dont on ne se souvient qu’en revoyant le film un bon nombre de fois, à chaque fois trop emporté par son aura mystérieuse et tragique.

Si
Vertigo est le plus parfait des Hitchcock, c’est d’abord sur le plan formel et esthétique. Le réalisateur offre un jeu de mises en abîmes et de répétitions ébouriffant, vertigineux même. Plus on revoit l’œuvre, plus on s’étonne du degré de perfection, rarement atteint dans l’histoire du cinéma. Hitchcock, par le ton grave et contemplatif de la première partie (fait rare dans son cinéma habituellement rythmé et divertissant), grave dans notre esprit une série d’images et de scènes troublantes : gros plan sur la chevelure de Madeleine, sur son bouquet de fleur, étrangeté de ses apparitions, longues et lentes poursuites en voiture, baiser passionné et scène du clocher, évidemment. Il réécrit ensuite ces scènes dans la seconde partie, celle de la « nécrophilie » (dixit Hitchcock/Truffaut) dans laquelle James Stewart, obsédé par son passé, tente de le recréer. C’est ce que pourrait évoquer le motif symbolique de la spirale, en plus du vertige : le recommencement, la répétition. Ce retour du passé au cœur du présent atteint son paroxysme lors de la scène du baiser dans l’hôtel Empire, quand le travelling circulaire autour de nos deux héros enlacés révèle le décor de la vieille grange sortie de l’ombre.

Mais peut-on vaincre la mort ? Faire ressurgir une femme « d’entre les morts » (titre original du roman) ? Scottie semble croire que oui, il prend une posture de démiurge, de metteur en scène, s’accapare la place de Dieu et façonne une femme comme un objet. L’arrivée de la nonne, de la morale divine, semble être une morale de retour à la réalité. La religion remet les choses en places, et Madeleine retourne au royaume des morts d’où elle était venue. Scotty quant à lui, a vaincu son vertige et contemple le vide. En prenant les choses en main, il est sorti de son impuissance dans laquelle il était bloqué depuis la mort de son collègue (chute du toit de la première scène). Dans
Fenêtre sur Cour, Hitchcock faisait déjà joué à James Stewart le rôle d’un homme réduit à l’impuissance et à la contemplation (dans
Fenêtre sur Cour, par nécessité physique, puisque sa jambe est cassée et qu’il ne peut donc plus rien faire qu’observer). Dans
Vertigo, Scottie est impuissant sur toute la ligne, même sur le plan sexuel comme on peut le deviner (le film est truffé d’allusions, jusqu’à la « tour Coïte » ; Brian de Palma offrira d’ailleurs une réécriture moins pudique dans son
Body Double) ; il se fait duper, en étant la victime parfaite d’une machination de son ami Grégoire. Scottie prend sa revanche sur son impuissance, premièrement en tombant amoureux de Madeleine (on comprend dans les premières scènes avec Midge qu’il est un vieux garçon qui n’a jamais connu d’amour). On peut d’ailleurs supposer que c’est la faiblesse, la peur de Madeleine, dans lesquels il a pu se reconnaître, qui l’ont poussé à sortir de son célibat. Comme s’il voulait trouver plus faible que lui pour retrouver la puissance qu’il n’avait jamais eut. Un amour obsessionnel, nocif, qui ne peut mener qu’au mal, qu’à la mort. Deuxièmement, Scottie tombe dans une obsession nécrophile et souhaite braver le temps et faire revivre une morte. Il pousse la reconstitution jusqu’au clocher ; c’est d’ailleurs dans cette scène qu’il dit « c’est trop rare d’avoir une deuxième chance, je ne vais pas la gâcher ». Bien plus que trop rare, une seconde chance ne se présente tout simplement jamais ; on ne peut recréer ce qui est perdu, et Scottie ne semble pas le comprendre. La justice morale exercera son travail au final, faisant mourir Madeleine une deuxième fois.

Mais la force de
Vertigo tient également à la multitude d’interprétations qu’il propose, aux différents niveaux de lectures. On peut prendre l’œuvre au premier degré, c’est-à-dire une tragique machination qui brise un amour devenu impossible, lors de la première vision par exemple. Mais on peut également avoir une lecture freudienne, en se basant surtout sur le sentiment d’impuissance de Scottie (ce que nous avons fait au-dessus) ; une lecture platonicienne (ce que proposait Eric Rohmer, alors critique aux Cahiers du cinéma lors de la sortie) : Scottie n’accède jamais à la vérité, cœur de la spirale. L’effroyable vérité - le complot ici - l’attend en haut de la tour, mais le vertige qu’elle provoque l’empêche d’y accéder. Une lecture Lynch-ienne ? A partir de la scène stylisée du cauchemar, tout ne serait qu’un rêve de Scottie, qui accomplit ses désirs en rêve (il recrée Madeleine et l’embrasse) et s’imagine être la pauvre victime sans défense d’une machination, pour justifier son sentiment d’infériorité ? La richesse vertigineuse de ce film en fait sa force ; sa grande abstraction, son aspect onirique (manque de réalisme, lumières éclatantes et couleurs délavées, scènes très lentes) accentué par la musique inquiétante de Bernard Herrmann, l’incroyable perfection de la mise en scène et le jeu parfait des deux comédiens exercent sur le spectateur un pouvoir de fascination rarement égalé dans l’histoire du septième art.