- Brian De Palma
1h33 - Film américain - Thriller, fantastique - Avec Margot Kidder, Jennifer Salt

Variation sur le mode fantastique et déjanté de Psychose, Sisters est le premier film hitchcocko-depalmien dans la filmographie du réalisateur barbu. La scène d’ouverture, qui nous montre une fausse aveugle reluquée par un jeune homme lui-même filmé en caméra cachée pour les besoins d’un jeu télévisé, résume à elle seule toute l’œuvre à venir du cinéaste : voyeurisme, faux-semblants, points de vues démultipliés. Le jeune homme – qui est noir, précisons-le, car le film est bien ancré dans son époque avec les allusions au racisme, mais aussi aux scandales et au journalisme de l’ère Vietnam – tente de flirter, après le tournage de l’émission, avec la fausse aveugle, Danielle Breton, qui s’avère être une jeune mannequin et actrice québécoise (Margot Kidder, l’interprétant brillamment, mise tout sur le charme de l’accent français). Malheureusement pour lui, l’ex-mari de la dite mannequin, un bonhomme dégingandé et effrayant, est bien décidé à les suivre partout (William Finley, le fantôme du ‘Paradise’, prête ses traits uniques au personnage). S’ensuit meurtre, enquête de la jeune voisine journaliste, affaire louche de sœurs siamoises séparées et clinique de fous inquiétante.
L’univers d’Hitchcock sert de soupape à tout cela, que ce soit du témoin du meurtre à sa fenêtre ou du doute schizophrénique, en passant par la musique signée Bernard Herrmann. Le tout passe évidemment sous l’égide de De Palma, qui y adjoint son amour du mauvais goût, la nudité et le kitsch, la mise en scène surfaite et jubilatoire, les split-screen et autres cadrages démesurés, l’immoralité totale et une fin ouverte, qui laisse le mystère planer encore après le mot « fin » - tout dépend si le cadavre se trouve bien dans le canapé, et ça nous n’en serons jamais certains… En résumé, Sisters est donc un bon De Palma, où percent déjà ses obsessions, mais qui conserve le ton malsain et l’aspect légèrement fantastique de ses débuts (Carrie et Furie) – à la différence d’Obsession et du triptyque Pulsions / Blow Out / Body Double – avec son petit côté cheap et seventies, qui a ouvert la voie des slashers osés, et qui en fait un film idéal pour une soirée d'halloween.
7.5/10
1h40 - Film américain - Fantastique, drame de l'adolescence - Avec Sissi Spacek, Piper Laurie, Nancy Allen, John Travolta...

Bien qu'adaptant Stephen King, De Palma poursuit sa quête de style commencée avec Sisters. Le jeune réalisateur se permet toutes les expérimentations possibles, et son style est à l'apogée dans deux scènes phares du film : celle d'introduction et celle du bal, jouant d'ailleurs sur un effet de symétrie - les deux présentent en effet un fort contraste entre moment de délice puis celui de l'horreur. Il se donne à coeur joie de retrouver la photographie des giallos de Bava et Argento, notamment dans ces deux scènes où le sang y apparaît de manière théâtralisée. Ce style baroque (et barré - certaines scènes avec les étudiants rejoignent le ton de la comédie et l'aspect déjanté experimentés dans Phantom of the Paradise) est poussé à l'extrême grâce au personnage de Margaret White, fanatique religieuse, dont la maison est décorée de crucifix, bougies , idoles et autres fresques mexicaines, dans un style définitivement chargé. La maison elle-même ressemble à une église, avec ses trois fenêtres telles le père le fils et le saint esprit, de même que les trois ouvertures donnant sur la cuisine, semblables à des vitraux. Cet ajout fondamental par rapport au livre inscrit bien le film dans son époque, celle d'un désir de libération d'une génération - ici représenté de manière excessive. Les scènes de nu, mais aussi toutes celles à l'école, souvent kitsches, témoignent bien du côté seventies de Carrie. Mais le kitsche ne rebutera certainement pas le fan fidèle de De Palma, connaissant son goût pour la démesure. Alors en quoi Carrie présente-t-il des faiblesses ? Et bien tout simplement par son appellation fantastique. Comme dans Furie, où le fantastique baissait le niveau de cette belle histoire d'amour paternel, il apparaît comme peu crédible et finalement peu important : il pourrait même être supprimé du film ! En effet, le côté passionnant du film est dans la représentation des affres de l'adolescence difficile, du rejet de celui qui est différent. Or, la différence de Carrie tient presque plus à l'éducation dangereuse donnée par sa mère que par ses pouvoirs de télékinésie, dont personne ne s'aperçoit ou ne se moque. Ce pouvoir permet juste le dénouement - tragique. C'est aussi là, dans ce dénouement, que se cache une grosse faiblesse. Précipitées, mal venues, les scènes qui suivent la magnifique séquence du bal déçoivent un peu. Déception accentuée là encore par une scène finale presque venue d'ailleurs, un coup de théâtre horrifique de série B. Disons pour résumer que le grand-guignolesque dans Carriepasse moins bien que dans d'autres oeuvres plus réussies de De Palma. Partagé, je suis. Conseillons donc Carrie, film plaisant et grand spectacle, pour le prochain 31 octobre, avec un paquet de pop-corns et des ami(e)s.
7/10
Publié le 20/12/2008 à 12:00 par myplanity
Redacted
Réalisation : Brian De Palma
Année : 2008
Durée : 1h30
Un petit groupe de soldats américains en poste à un point de contrôle de Samarra en Irak. La succession de leurs points de vue différents permet de confronter l'expérience de ces jeunes soldats sous pression, avec ceux de journalistes ou collaborateurs des médias, des relations avec la communauté irakienne locale…
Redacted, le dernier film en date de Brian De Palma, semble être un pamphlet virulent contre la politique extérieure de Bush et la guerre en Irak. Le film s’avère en fait décevant ; en reconstituant avec des acteurs des faits plus ou moins réels, en mélangeant fausses archives, faux documentaire et fausses caméras cachées, De Palma donne lieu à un film trop tape-à-l’œil et presque immoral pour le sujet en question. On sait que le voyeurisme est un motif prédominant dans l’œuvre de De Palma, mais on est bien loin de ses chefs d’œuvres à ce sujet (Blow Out, Body Double, Pulsions), et
Redacted se trouve au final être plutôt abject ; qui plus est, on tourne à vide, puisqu’il n’y a pas vraiment de message et de réflexion, mise à part l’incessante auto flagellation (les Américains sont méchants). Un bon passage néanmoins : le scorpion venimeux, fort et protégé (les USA), qui ne fait pas le poids face à l’armée de petites fourmis sans armes mais volontaires (les opprimés).
*
Publié le 03/04/2008 à 12:00 par myplanity
Le Dahlia Noir
Titre original : The Black Dahlia
Année : 2006
Durée : 2h00
Genre : Policier, drame
Réalisation : Brian De Palma
Avec : Josh Hartnett, Scarlett Johansson, Hilary Swank
Interdit aux - 12 ans
RESUME
Dans les années 40, à Los Angeles, Bucky et Lee, deux inspecteurs, s'attaquent à une affaire de meurtre particulièrement difficile. Une starlette, Elizabeth Short, a été découverte atrocement mutilée. Sa beauté et sa fin tragique deviennent les sujets de conversation de toute la ville.
Certains sont prêts à tout pour en tirer bénéfice... ou cacher leurs secrets. Quels étaient les liens de la victime avec la puissante famille Linscott ? Que vivait-elle dans son intimité ? Et avec qui ? Au-delà des apparences, l'enquête commence...
AVIS
Après
Mission To Mars et
Femme Fatale, on attendait Brian De Palma au tournant. Malheureusement,
Le Dahlia Noir est une nouvelle petite déception. En effet, même si le film nous intrigue jusqu'au bout, même si l'image est magnifique, même si on a le droit à quelques moments forts, il nous reste une impression de film impersonnel et confus.
Le film est l'adaptation d'un roman de James Ellroy, lui même adapté d'un fait réel. Si l'histoire est passionante, il en résulte un film bien trop éliptique. On passe tout du long d'une scène à l'autre très rapidement, ce qui donne l'impression de survoler l'intrigue. Comme si De Palma l'avait réalisé sans en être totalement impregné. Et au final, on reste sur sa faim.
Malgré tout,
Le Dahlia noir vaut le détour pour son casting excellent. Principalement, la présence de deux nouvelles stars, la géniale Scarlett Johansson (
Lost In Translation,
Scoop) et la superbe Hilary Swank (
Million Dollar Baby,
Boys don't crie). Josh Hartnett, lui, joue sobrement. Malheureusement, ces acteurs sont sous-exploités, à cause de cette suite de scènes rapides et superficielles. On remarquera l'apparition de William Finley (
Phantom of the Paradise) qu'on avait pas vu dans un De Palma depuis
Furie. Son apparition ravira les fans du réalisateur, dans la meilleure scène du film.
EN BREF, le film nous laisse un avis mitigé, entre la beauté de l'image et le manque de profondeur. On espère que De Palma retrouvera tout son génie dans ses projets à venir.
**
Publié le 03/04/2008 à 12:00 par myplanity
Femme Fatale
Année : 2002
Durée : 1h45
Genre : Thriller
Réalisation : Brian De Palma
Avec : Antonio Banderas, Rebbeca Romijn
RESUME
Laura Ash, une jeune femme ténébreuse et vénale, double ses complices lors d'un hold-up commis à Cannes en plein Festival. Poursuivie jusqu'à Paris, elle revêt l'identité de son sosie parfait, une jeune veuve au bord du suicide nommée Lily.
Dans l'avion qui la mène à New York, elle séduit un fringant quadragénaire qui n'est autre que l'ambassadeur des Etats-Unis en France, Bruce Hewitt Watts. Sept ans plus tard, mariés, ils apparaissent en couverture d'un magazine people.
Mais les anciens acolytes de Laura, Black Tie et Racine, sont toujours sur sa piste, et la photo de la traîtresse, volée par Nicolas Bardo, un paparazzi qui travaille pour la revue en question, relance l'engrenage infernal.
AVIS
Femme Fatale est réalisé en 2002 par le francophile Brian De Palma. Pourtant grand fan de ce-dernier, ce film a été pour moi insupportable. Même si on retrouve parfois quelques plans chers à notre ami De Palma, le film s'élève à peine au-dessus du
Transporteur, par exemple. Peut-être faut-il, pour apprécier ce film, être américain. En effet, les acteurs français jouent très mal, on voit bien qu'ils ne sont pas dans leur élement. Ils surjouent et font une parodie de personnages hollywoodiens.
Le vol au festival de Cannes, au début du film, annonce peut-être un bon film. Mais il faudra attendre 10 minutes avant la fin pour trouver y trouver un quelconque interêt, à savoir le rebondissement final assez étonnant. Peut-être faudrait-il, pour apprécier le film, ne pas connaître les précédents films de Brian De Palma. Car tandis que l'on s'ennuie profondement devant ce ratage, on ne peut s'empêcher de se souvenir avec nostalgie des grands moments des
Incorruptibles, de
Blow Out,
Pulsions,
Body Double,
L'Impasse...
Ah la la la.
EN BREF, à déconseiller, même aux fans de De Palma (
surtout aux fans). Une déception.
*
Publié le 03/04/2008 à 12:00 par myplanity
Mission to Mars
Année : 1999
Durée : 1h49
Genre : Science-fiction
Réalisation : Brian De Palma
Avec : Gary Sinise, Tim Robbins
RESUME
2020. La NASA envoie pour la première fois une équipe d'astronautes sur Mars. Mais peu de temps après leur arrivée, ils sont confrontés à un phénomène surnaturel d'une puissance terrifiante et toutes les communications sont coupées. Une deuxième mission est envoyée à leur recherche...
AVIS
A l'origine du film
Mission To Mars, une réponse à l'actualité. En effet, à la veille de l'an 2000, cette planète intéresse de plus en plus les Terriens...
Mission to Mars est la seule excursion de Brian De Palma dans le genre de la science-fiction (genre qu'il affectionnait adolescent). Mais le film reste mineur dans sa filmographie. Il pêche d'abord surtout par son scénario, en particulier les dialogues, sans aucune profondeur et bien trop hollywoodiens. Mais le film vaut le coup d'être vu pour les aficionados de De Palma, car il est doté d'une poésie assez rare dans le genre.
Doté d'un assez bon casting - Gary Sinise (
Snake Eyes) et Tim Robbins (
Mystic River), principalement - le film est également doté d'une très belle musique d'Ennio Morricone (qu'on ne présente plus). Mais la palme revient aux effets spéciaux. En effet, ils sont extrêmements réalistes. Malheureusement, le film ne va pas assez loin et est trop impersonnel, on reste sur sa faim. On se rappellera tout de même des superbes scènes d'apesanteur dans la navette.
EN BREF, une belle ambiance tout le long du film, mais
Mission to Mars reste un film mineur et impersonnel.
*
Publié le 03/04/2008 à 12:00 par myplanity
Snake Eyes
Année : 1998
Durée : 1h38
Genre : Thriller, Policier
Réalisation : Brian De Palma
Avec : Nicolas Cage, Gary Sinise
RESUME
Le palais des sports d'Atlantic City contient à peine la foule venue assister au match du siècle, où s'affrontent deux poids lourds de la boxe. Soudain des coups de feu éclatent à proximité du ring et le secrétaire d'Etat à la Defense s'effondre, mortellement blessé. L'enquête commence sous la direction de l'inspecteur Rick Santoro, policier corrompu. Rick va s'efforcer de sauver sa reputation ainsi que celle de son ami Kevin Dunne, chargé de la sécurité du secrétaire d'Etat, et qui s'était malencontreusement absenté au moment du drame...
AVIS
Snake Eyes est un film réalisé en 1998 par Brian De Palma, véritable huis-clot dont le titre américain signifie "
yeux de serpents", sûrement en rapport avec le personne de Gary Sinise, et désigne également le double 1 aux jeux de dés. Après
Mission : Impossible, le film est un vrai retour aux sources pour le réalisateur. En effet, il se permet à nouveau des effets de styles grandiloquents, puisque tout le film se base sur les différences de points de vue entre les personnages.
Le film débute par exemple sur un plan-séquence impressionant de 12 minutes qui restera dans les annales, on revient également très souvent sur des passages déjà vus, mais sous un nouvel angle, beaucoup de scènes sont filmées du point de vue d'un personnage, la caméra vole au-dessus des appartements... Bref, la mise en scène est virtuose et très inspirée.
Snake Eyes est un film à la mise en scène exagéré, il se regarde donc au second degré et pour le plaisir. Dommage que le dénouement nous laisse un peu sur notre fin. Côté acteurs, pas grand chose à dire. Le jeu de Nicolas Cage n'est pas exceptionnel, mais meilleur que certaines de ses autres interprétations. Gary Sinise, l'homme aux yeux de serpents, le
Lieutenant Dan de
Forrest Gump, n'est pas mauvais non-plus.
EN BREF, un film original, rythmé, à voir pour se faire plaisir.
**
Publié le 03/04/2008 à 12:00 par myplanity
Mission : Impossible
Année : 1996
Durée : 1h45
Genre : Action, espionnage, aventure
Réalisation : Brian De Palma
Avec : Tom Cruise, Jean Reno, Jon Voight
RESUME
Les membres d'un commando de la CIA sont envoyés à Prague avec pour mission d'appréhender, lors d'une réception dans l'ambassade américaine, un espion ennemi qui s'apprête à dérober une disquette contenant la liste secrète des agents en Europe centrale. Seulement ils ignorent que la CIA, persuadée que le commando est infiltré par une taupe, a envoyé une seconde équipe sur place...
AVIS
Mission : Impossible est à 1000 lieues des films de Brian De Palma typiques. En effet, c'est un blockbuster d'action hollywoodien, produit et avec Tom Cruise. Mais on ne s'abaisse pas ici aux films d'actions de seconde main. Le film est bien ficelé, à tel point qu'il est difficile de s'y retrouver dans les personnages et les intrigues.
Mais peut importe, ce qui compte dans
Mission : Impossible, c'est de s'amuser, de se divertir pendant 1h45. En passionné d'Hitchcock, je comparerai ce film à la digression d'Hitchcock avec
La Mort aux trousses en 1959, entre deux films à suspense (et pas des moindres :
Sueurs Froides et
Psychose).
Bref, si
Mission : Impossible est un gros budget, ce n'est pas pour autant que Brian De Palma n'applique pas ses méthodes stylistiques habituelles. Pour exemple la scène culte où Tom Cruise est suspendu les airs par un cordage, dans une pièce sensible au moindre bruit, mouvement ou augmentation de température. Le suspense est à son comble, sans la moindre note de musique et sans dialogue.
Côté
"cast and crew", un petit mot sur la très bonne bande originale de Danny Elfman, unique collaboration avec le réalisateur. Le scénario est écrit, une fois de plus (après
L'Impasse) par David Koepp. Pour le choix du casting, on voit bien la francophilie de De Palma, avec la participation de Jean Reno et de Emmanuelle Béart. Tom Cruise, à l'origine du projet, se donne le premier rôle. Evitez la Version Française avec le doubleur de Bruce Willis (!). Jon Voight, qui jouait un an plus tôt dans
Heat, tient le rôle du patron. Ving Rhames, déjà dans
Outrages, joue un pro de l'informatique et l'excellente Kristin Scott Thomas joue le petit rôle de Sarah.
EN BREF, un film d'action du meilleur niveau, qui emballe ses spectateurs tout du long, malgré un scénario trop complexe.
***
Publié le 03/04/2008 à 12:00 par myplanity
L'Impasse
Titre original : Carlito's Way
Année : 1993
Durée : 2h20
Genre : Thriller, Drame
Réalisation : Brian De Palma
Avec : Al Pacino, Sean Penn, Penelope Ann Miller
Interdit aux - 12 ans
RESUME
En 1975, à New York, Carlito Brigante, un ancien trafiquant de drogue, est libéré de prison grâce à David Kleinfeld, son avocat, qui a découvert plusieurs vices de forme dans la manière dont le procureur Bill Norwalk avait instruit le procès. Carlito est bien décidé à rentrer dans le droit chemin et, dès qu'il aura économisé assez d'argent, il compte se retirer aux Bahamas pour s'assurer une retraite paisible avec Gail, sa compagne danseuse dans une boîte de strip-tease. Mais le destin en décidera autrement.
AVIS
En 1993, Brian De Palma réalise
L'Impasse, un film dramatique sur le personnage de Carlito Brigante, ancien gangster qui tente de se ré-introduire dans la société. A sa sortie, le film n'obtient pas un grand succès et la critique est partagée. Pourtant, ce film fait parti des meilleurs de son réalisateur.
Pour s'adapter à la finesse, à la beauté et côté tragique du film, De Palma opte pour une mise en scène plus sobre que celle d'un
Body Double ou
Pulsions. Le ton est beaucoup plus sérieux et l'oeuvre s'inscrit dans un style réaliste. Le savoir-faire du réalisateur est à son paroxysme, avec comme gageure : annoncer dès le début une mort certaine du personnage, tout en arrivant à captiver l'attention du spectateur jusqu'à la fin. Le suspense monte lentement tout le long du film, tandis qu'on compatit complétement pour le personnage. Et arrive la dernière scène, dans la gare, un grand moment, qui s'étend pendant un quart d'heure. On se rappellera longtemps du superbe plan-séquence de 3 minutes. Cette scène géniale aurait normalement dû être tournée au
World Trade Center, mais cette année y eût lieu un premier attentat. D'autres moments restent dans les annales, comme la scène du billard, de l'hôpital ou celle sur le bateau.
Le film fonctionne également sur son très bon casting, avec Al Pacino toujours parfait. Totalement habité par le personnage, difficile de se dire que ce même visage était celui de Tony Montana. Sean Penn est également très bon dans son rôle, un cran au-dessus que dans
Outrages. Penelope Ann Miller (
L'éveil,
Le masque de l'araignée) joue également assez bien. John Leguizamo, déjà vu dans
Outrages, joue ici le rôle de Benny Blanco du Bronx et on peut voir l'apparition de Viggo Mortensen. En 1993, il a déjà à son actif un rôle pour Woody Allen dans
La Rose Pourpre du Caire et une collaboration avec Sean Penn dans le film de ce-dernier,
The Indian Runner.
Enfin, on note la musique composée par Patrick Doyle (exit Pino Donaggio) et le scénario écrit par David Koepp, excellent scénariste des deux premiers
Jurassic Park et quelques années plus tard de
Mission : Impossible et
Snake Eyes du même Brian De Palma.
EN BREF, un film magnifique, dramatique et prenant. On ne voit pas les 2h20 passer.
****
Publié le 02/04/2008 à 12:00 par myplanity
L'esprit de Caïn
Titre original : Raising Caïn
Année : 1992
Durée : 1h27
Genre : Thriller, Epouvante
Réalisation : Brian De Palma
Avec : John Lithgow, Steven Bauer, Lolita Davidovich
Interdit aux - 12 ans
RESUME
Père de famille attentionné, Carter souffre de schizophrénie profonde, partagé entre quatre personnalités que domine celle de Caïn, le maléfique...
AVIS
En 1992, Brian De Palma tente un dernier retour dans le thriller et dans l'épouvante avec
L'esprit de Caïn. Peut-être nostalgique du temps des
Blow Out,
Pulsions et
Body Double, il écrit lui même le scénario sur un homme schizophrène. Si le film reste sympathique à regarder pour les fans du metteur en scène, il n'est même pas comparable à ses prédecesseurs. En effet, De Palma tombe peut-être ici au plus bas. Pourtant, il y a de quoi faire un très bon film. Le fond est d'ailleurs très bon. Mais c'est par la forme que le film déçoit. En effet, difficile d'admettre que ce film est bel et bien réalisé par De Palma. La mise en scène semble être celle d'un téléfilm, sans grande originalité. Les quelques scènes plus accrochantes semblent être une très pâle copie de vraies scènes cultes de
Pulsions,
Les Incorruptibles,
Blow Out...
Toujours dans un élan nostalgique,
L'esprit de Caïn offre la dernière collaboration entre De Palma et Pino Donaggio, qui compose une bande originale digne de ce qu'il a toujours su faire (à l'opposé du réalisateur).
Le film vaut donc surtout le coup pour John Lithgow, méchant d'
Obsession et Blow Out, qui fait une interprétation totalement époustouflante de ses multiples rôles. Les scènes où il change de personalité sont d'ailleurs complétement délirantes. Il reçoit d'ailleurs le prix de meilleur acteur par
l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur pour ce film. Le rôle féminin, par contre, est très décevant. Lolita Davidovich est plutôt execrable dans son rôle. On revoit également Gregg Henry, qui a joué dans
Body Double, ici en inspecteur de police et Steven Bauer, co-équipier d'Al Pacino dans
Scarface.
EN BREF, se regarde très bien, bien délirant, parfois surprenant, mais ne se différencie pas, malheureusement, d'un film d'horreur de série B. Une déception pour un film de De Palma.
*