- Fritz Lang
Publié le 19/07/2009 à 19:46 par myplanity
Publié le 11/07/2009 à 14:42 par myplanity
House by the river
Fritz Lang
1950
Stephen Byrne est un écrivain raté. Pendant que sa femme est absente, il tente de violer leur domestique, mais celle-ci se débat tellement qu'il finit par l'étrangler. John, le frère de Stephen, arrive à ce moment précis dans la maison et à la demande de ce dernier, aide à cacher le corps.
***
Excellent film de Fritz Lang,
House by the river est resté pourtant longtemps méconnu. Il s’avère même faire partie de ses chefs d’œuvres, dans la lignée de sa période « mentale » qu’on pourrait situer entre
La femme au portrait et
Blue Gardenia, dans laquelle il s’est penché sur les mécanismes du cerveau humain plutôt que sur ceux de la société. Dans
House by the river, il présente l’homme comme sans cesse tenté par le meurtre et la sauvagerie, la violence et les pulsions bestiales. Dans un noir et blanc superbe, par une mise en scène excellente digne de ses meilleures œuvres, Lang nous embarque dans un drame puissant et une analyse psychologique sombre, dotée d’un fort onirisme ; des séquences purement subjectives, comme l’apparition d’Emily en transparence dans des rideaux mouvants, témoins des fantasmes ou des frayeurs du héros, rappellent l’expressionnisme des premiers temps, comme la vision hallucinée de l’inspecteur hypnotisé dans
Mabuse ou le cauchemar du jeune Freder dans
Metropolis. Le titre,
House by the river, ainsi que les décors, naturels, faits d’eau (la rivière) ou de bois, démontrent que pour Lang l’homme, encerclé par ces éléments, éprouve en permanence le désir de retourner à son état de nature, l’agressivité sauvage. En communauté, au sein d’une ville, cela s’exprime par des lynchages (
M le Maudit,
Furie…), dans un lieu plus restreint comme une maison de campagne par le viol, la lutte puis le meurtre. On voit parfaitement que l’assassinat d’Emily est executé dans un état second, alors que tout avait commencé par une tentative de séduction. Les actions qui suivent le meurtre, dissimulations et faux témoignages, sont quant à elles l’œuvre de la raison.
House by the river est donc un film profond, à la mise en scène efficace, d’une beauté sidérante de bout en bout. Un travail d’esthète très réfléchi, au suspense redoutable et porté par une très bonne distribution.
Publié le 11/07/2009 à 00:35 par myplanity
La Femme au Gardenia
Fritz Lang
1953
Norah Larkin est une jolie opératrice de téléphone qui attend avec impatience le retour de John, un soldat engagé en outre-mer avec lequel elle doit se marier. Le soir de son anniversaire, elle reçoit une lettre de John lui apprenant qu'il ne pourra pas l'épouser. En larmes, elle répond à un appel téléphonique de Harry Prebble, un collègue de travail, qui la confond avec sa soeur et l'invite à dîner. Déprimée, Norah accepte le rendez-vous au Blue Gardenia.
***
Agréable film noir signé Fritz Lang, qui remplit son cahier des charges sans se surpasser néanmoins. Si le dénouement déçoit un peu et semble faire de
La femme au Gardénia un Lang mineur, le reste est parfait. Bien loin de ses premières oeuvres plutôt sociales, réflexions sur la justice comme
M le Maudit bien sûr, jusqu'à
J'ai le droit de vivre,
La femme au Gardénia s'inscrit dans le travail nouveau qu'effectue le réalisateur depuis
La femme au portrait : décrire non-plus les disfonctionnements d'une société mais ceux d'un espace mental, questionnant ainsi la subjectivité et les faux-semblants. La vision du meurtre est faussée par la fatigue et l'alcool, il faut alors reconstituer le miroir brisé pour retrouver les faits objectifs. Comme je l'ai déjà dit, Fritz Lang ne se surpasse pas (il se rattrapa l'année suivante avec la magnifique esthétique de
The big heat), néanmoins il maintient un rythme tendu et un suspense grandissant ; l'émotion surgit bien souvent, lors de scènes excellentes comme celle du meurtre bien entendu, mais aussi des paniques de l'héroïne face à la police. Lang livre au passage un portrait de femmes très attachants, trois filles issues de milieu populaire se partageant un appartement. Anne Baxter porte d'ailleurs le film sur ses épaules par son excellente interprétation. On notera aussi pour l'anecdote que le "vilain" est joué par Raymond Burr, inquiétant voisin dans
Fenêtre sur Cour d'Hitchcock.
Publié le 09/07/2009 à 23:37 par myplanity
L'invraisemblable vérité
Fritz Lang
1956
Le célèbre romancier Tom Garrett est fiancé à Susan, la fille d'Austin Spencer, directeur d'un grand journal. Celui-ci est un adversaire acharné de la peine de mort. Avec la complicité de Garrett, Spencer monte un bluff destiné à détruire à tout jamais la crédibilité de la peine capitale : Garrett s'accusera d'un meurtre qu'il n'a pas commis.
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Dernier film américain de Fritz Lang,
L'invraisemblable vérité s'avère être un film somme de la réflexion du réalisateur sur la justice : sans jamais la condamner bêtement, il en montre les rouages et les défauts. Le film montre les dangers de la subjectivité qui empêche le jugement, et témoigne d'une impossible objectivité, car la réalité est toujours trop invraisemblable pour être soupçonnée. Lang joue sur cette idée d'invraisemblable, d'irrationnel, multipliant les rebondissements improbables dans les dernières minutes. Tout cela est passionnant, mais on regrettera que
L'invraisemblable vérité ne soit plus qu'un débat d'idée, la mise en scène d'une thèse - ou plutôt d'une réflexion, le film posant des questions sans toutefois donner de réponse dogmatique. Omnubilé par son sujet (ce qui est compréhensible, Lang ayant été soupçonné du meurtre de sa première femme à l'aide de sa maîtresse d'alors, Thea von Harbou), le réalisateur délaisse la forme, tant au niveau du suspense, de la tension, ne réduisant celle-ci qu'à des "twists" qui viennent parsemer l'intrigue - offrant d'ailleurs une méchante inégalité : les deux tiers du films trop prévisibles, le dernier tiers complètement imprévisible - d'autre part au niveau esthétique, se contentant d'une mise en scène classique, bien que parfaitement huilée. Donc, bien que
L'invraisemblable vérité soit l'ultime vision du procès par Lang, sorte d'oeuvre testamentaire en guise d'adieu aux Etat-Unis, et un retour à ce thème de la justice qu'il avait abandonné depuis
You and me (1938), le film souffre d'un manque non négligeable de tension. Trop réfléchit, froid, distant, intellectuel, l'oeuvre ne parvient pas à émouvoir ou frapper le spectateur, le retourner comme Lang avait su le faire avec force lors de film puissants et audacieux. Ici, comment croire au couple Joan Fontaine-Dana Andrews ? Toutes les séquences qui auraient dû être des morceaux de bravoures sont jetées aux oubliettes (je parle de morceaux de bravoures comme le procès final de
M le Maudit, ou l'évasion de
J'ai le droit de vivre). Néanmoins, la base de l'intrigue est si forte qu'elle suffit à maintenir notre attention éveillée, et cette
Invraisemblable vérité se découvre tout de même sans difficulté.
Publié le 08/07/2009 à 12:15 par myplanity
La cinquième victime
Fritz Lang
1956
Alors que le "tueur au rouge à lèvres" terrorise la ville, Amos Kyne, patron d'un grand journal, propose un poste de haute responsabilité à l'un des trois chefs de service qui confondra le tueur.
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Sympathique film noir signé Fritz Lang,
La cinquième victime contient son lot de bonnes scènes, sans atteindre le rang de chef d'oeuvre du maître. La mise en scène, comme d'habitude, est soignée ; elle atteint son apogée lors des scènes de meurtres ou de poursuites, tantôt violentes ou oppressantes. Le film commence par développer en parallèle l'intrigue, avec d'un côté les journalistes, de l'autre l'assassin. A ce titre, la première scène de meurtre annonçait un film à haute tension, puissant et osé. Malheureusement ce jeu de reflets s'arrêtent trop tôt, et la dernière partie se concentre largement plus sur les enquêteurs et leur vie privée, le film se terminant même en romance. La peinture du milieu journalistique prend donc le pas sur l'étude psychologique du tueur ; bien que cela ne soit pas inintéressant, ces scènes s'étirent un peu trop en longueur. Avec un contenu inégal et quelques longueurs,
La cinquième victime reste donc un divertissement de qualité, qui se regarde bien, sans être ce que Lang a fait de mieux.
Publié le 07/07/2009 à 23:54 par myplanity
The Big Heat (Règlement de comptes)
Fritz Lang
1953
Lorsque le policier Tom Duncan se suicide sans laisser de lettre, son collègue Dave Bannion pense qu'il s'agit plus que des problèmes de santés. Il ne sait pas encore qu'il s'attaque à trop gros...
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Magnifique film noir signé Fritz Lang,
The big heat est doté d'un scénario puissant et captivant, simple mais fort, d'une pléiade d'excellents acteurs, d'une mise en scène exceptionnelle. Sur fond de réflexion sur la corruption et la justice, Lang nous livre un petit chef d'oeuvre violent, brutal, rythmé, au suspense tendu et à la photographie excellente.
Publié le 05/07/2009 à 19:26 par myplanity
Les Contrebandiers de Moonfleet
Fritz Lang
1955
1757 en Angleterre. Le jeune orphelin John Mohune arrive à Moonfleet, petit port isolé, pour retrouver un ami de sa mère, Jeremy Fox, flibustier notoire.
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Magnifique film sur la transmission : tandis que Jeremy Fox s'efforce d'apprendre au petit John que la vérité est plus dure qu'il ne se l'imagine, l'adulte finit par rejoindre l'enfant dans son monde idéalisé. Allant jusqu'au bout de sa mise en scène, il quitte le monde à bord d'un bâteau tel un aventurier. Le petit sera alors certain de le retrouver un jour ("c'est mon ami"). Jeremy Fox quitte son monde impitoyable, violent, vil (le couple machiavélique dans la calèche, en pleine manigance) pour rejoindre une certaine loyauté, l'honneur et la bonté représentés par cet enfant. Le film de Fritz Lang est également doté d'une magnifique mise en scène, en technicolor et cinémascope. Le ton est enlevé, le rythme est effrené, et des scènes magiques parsèment l'oeuvre - danse flamenco, échanges de tirs sur la plage la nuit, avant-dernière scène... L'esthétique et les décors contrastent radicalement avec les précédents films noirs de Lang, et pourtant
Les contrebandiers du Moonfleet est certainement l'un de ses plus grands films, un chef d'oeuvre.
Publié le 04/07/2009 à 13:50 par myplanity
Furie
Fritz Lang
1936
Joe Wilson est injustement accusé de l'enlèvement d'une jeune femme. La foule, excitée par plusieurs meneurs, prend d'assaut la prison où il est enfermé.
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Pour son premier film aux Etats-Unis, Fritz Lang s'attaque avec audace aux disfonctionnement de ce pays. On peut dire que
Furie est un film en deux partie, c'est assez visible. Dans la première, nous voyons donc ces disfonctionnements de l'Etat, incapable d'arrêter la folie de ses citoyens. Je ne sais pas si Lang était adepte des théories de Hobbes, mais ça y ressemble. Pour Hobbes, c'est bien connu, l'homme à l'état de nature est un "loup pour l'homme". C'est-à-dire qu'il cherche à imposer sa volonté, à asservir les autres. La vie en communauté, à l'état de nature, est donc une guerre permanente et sanglante. Mais, les hommes ont passé un contrat, l'Etat, censé contrôler toutes ces pulsions agressives et mettre tous les hommes à égalités, c'est-à-dire en dessous de la loi. Ce que Lang montre dans
Furie, du moins dans la première partie, c'est que l'Etat est bien incapable de contrôler la frénésie des citoyens (scène oppressante et folle du lynchage). Lang se base sur une réalité, puisqu'à l'époque avaient lieu aux Etats-unis un lynchage tous les trois jours ! La deuxième partie, en continuité avec la première, nous présente une réflexion sur la rigueur de la justice. Faut-il condamner un crime s'il est regretté, commis dans un moment de plus pure irrationnalité ? Surtout, si ces habitants ont lynchés le héros innocent, n'était-ce pas parce que le pouvoir, ici la démocratie américaine, ne fait pas son devoir de garde-fou ? C'est donc à une brillante réflexion que nous invite Lang dans
Furie ; une réflexion profonde et audacieuse, sans réponse manichéenne (car si le héros décide de revenir, prouvant ainsi sa "non-mort" et innocentant alors les villageois, c'est aussi pour pouvoir retrouver sa petite amie), autour de thèmes maintes fois abordés dans la première moitié de sa carrière, de
M le Maudit jusqu'à
J'ai le droit de vivre. Encore une fois, la mise en scène est peaufinée jusque dans les moindres détails, résolumment moderne, vive et percutante. Toute la première partie, avec la séquence du lynchage, est particulièrement réussie. Soulignons au passage, pour ne rien oublier, le jeu touchant de la belle Sylvia Sidney.
Publié le 08/02/2009 à 12:00 par myplanity
Le secret derrière la porte
Fritz Lang
1948
Celia Barrett, riche héritière, rencontre pendant des vacances à Mexico Mark Lamphere, qu'elle épouse aussitôt.
Mais le soir des noces, son mari la quitte brusquement, sans aucune raison apparente. La jeune femme va peu à peu réaliser que celui qu'elle a épousé est un homme bien étrange...
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On est bien loin de l'intelligence et de la finesse habituelles de Fritz Lang. Une horrible voix off rend le film terriblement lourd (exemple, l'héroïne aperçoit son futur époux dans la foule "je me sentais observée" ; elle est inquiète "j'étais inquiète"...), c'est le comble pour un grand metteur en scène d'expliquer les moindres pensées de ses personnages par une voix off redondante, plutôt que de le faire par de vrais moyens visuels. Les dialogues sont larmoyants, le jeu d'acteur souvent poussif, et le seul point qui aurait pu arranger le film, son côté original et onirique, est détruit par le fait que tout ne soit qu'une réecriture/plagiat de
Rebecca et
Spellbound d'Alfred Hitchcock. Néanmoins, on retrouve bien le brio de Fritz Lang pour l'esthétique du film et la mise en scène (plans dans la brume, personnages dans l'ombre, clair-obscur), indépendemment du reste. Heureusement.
Publié le 05/02/2009 à 12:00 par myplanity
La rue rouge
Fritz Lang
1944
Christopher Cross, appelé Chris, caissier sans histoires et marié avec une femme qu'il n'aime pas, peintre amateur, croise un soir la route de Kitty qu'il croit sauver d'une agression alors qu'elle ne fait que se quereller avec son amant. Il en tombe amoureux.
***
Après avoir fait deux films anti-nazis (
Chasse à l'homme/
Les bourreaux meurent aussi), Fritz Lang réitère en 1944 et 1945 avec le dyptique
La femme au portrait/
La rue rouge. Réalisé un an après
La femme au portrait,
La rue rouge reprend en effet les trois mêmes acteurs principaux, le même plan final et la même idée : un petit bourgeois quitte ses habitudes et son confort en tombant amoureux d'une jeune femme, fatale évidemment. Mais c'est à une variante et non à une redite que nous invite Lang, dans ce film qui est aussi un remake de
La chienne de Jean Renoir (ou plutôt une seconde adaptation du roman). Même si le tout reste à mes yeux plus mineur, plus prévisible, moins original que
La femme au portrait, le réalisateur nous offre comme à son habitude une mise en scène bien huilée et un film de qualité.